28 novembre 2006
Eric Roux éreinte la critique
Angoulême, un dimanche matin fin novembre, les Gastronomades battent leur plein.
Entre les démonstrations d'un William Ledeuil ou d'un Yves Camdebordes, l'animateur
du salon culinaire, Jean-Sébastien Petitdemange trouve le temps d'organiser des
débats. Sur le rôle de la critique gastronomique.
Eric Roux participe au débat et dénonce les connivences entre les chefs et la critique.
Il parle de diners, de déjeuners ou de séjours gracieusement offerts. Rappelle qu'à son époque Canal, las des incessants envois de colis gastronomiques, par tous les acteurs de la branche, il avait fini par adopter la seule position qui lui paraissait tenable : renvoyer systématiquement les cadeaux et autres « échantillons-tests ». La généreuse sollicitude des uns avait fini par lui couper l’appétit. Et de s'interroger, du même coup, sur la capacité de ses collègues ou apparentés, à résister à cette forme de corruption qui ne dit pas son nom.
Le marketing a si bien pris sa place dans le milieu que les cuisiniers se voient obligés de faire appel à des attachés de presse (on évoque ici le cas des excellents Olivier Brulard et d’Alexandre Gautier). Les « cuisiniers-artisans » sont contraints de céder aux nécessités de la « promo » pour tenir, face aux « cuisiniers-communicants », sourire ultra-brite, blague enjoleuse aux lèvres et mèche tombant dans les yeux, aussi redoutablement efficaces que des têtes de gondole.
Le débat glisse naturellement sur la question de l’honneteté et la rigueur du travail de critique.
C’est là qu’on s’étonnera d’apprendre que beaucoup de critiques gastronomiques se font sans visiter les lieux.
« Comment parler de Slow food quand on ne s'est jamais rendu dans son berceau à Turin » note Roux en pensant à Ribaud du Monde. Ou encore, le chroniqueur gastronomique de VSD, surpris qu’un patissier, connu pour ses macarons, officiant dans la région parisienne (mais pas à Paris), le remercie d’être venu le voir ; l’heureux avait déjà eu droit, en effet, à de nombreux « papiers » mais c’était bien la première fois qu’un critique mettait les pieds chez lui. Les autres trouvant sans doute plus prudent de se faire une opinion de leur bureau, probablement effrayés à l’idée de dépasser le périphérique ou de prendre le RER.
Et l'impartialité des guides ? Roux décidément très en verve, d’évoquer une curieuse coincidence.
Le petit dernier des guides, "Carnets de Route", dont tout le monde parle, mentionne par exemple une excellente table mais observe le plus parfait des silences sur les, non moins intéressantes chambres de l’établissement (l’appelation hotel-restaurant a « disparu ») et propose de dormir « non loin de là », à 80 km, dans un hotel appartenant au groupe… du financeur du guide ! Quand Ducasse se décarcasse…
Tout le monde est d’accord : Roux comme Flora Mikula ou Phillippe Coursol , les guides et les critiques font partie du passé, l'avenir est aux blogs. A l’exercice d’une critique libre et gartuite faite par les consommateurs, pour les consommateurs...
Commentaires
Excellent billet !
Comme Hélène, merci pour cet excellent billet !
Aucun milieu n'échappe aujourd'hui à la médiatisation "facile" genre télé-réalité (comme l'émission de France 3 d'hier soir), même pas le cuisinier au fond de sa cuisine. Mais d'un autre côté, est-ce si mal que ça quand on voit croitre les spectres de la mal-bouffe, de l'obésité et cie...
Le débat mérite d'être lancé !
Heureusement qu'il y a des gens qui osent dire ce genre de choses !!!!
Je savais les methodes particulièrement "dégueulasse". J'ai eu l'occasion de voir à la télé un reportage qui parlait justement d'un nouveau guide qui ne voulait pas fonctionner comme ça !!! Mais en conclusion du reportage, on voit Mr Ducasse pour ne pas le nommer entrain de serrer la main du journaliste du futur guide!!!!!
Quel rigolade !!! La honte!
Bizzzzzzzzzzz
Barbichounette
En même temps, sur les blogs ces pratiques sont pratique courante aussi :
- tel blogueur se prend pour un critique gastronomique et profite de son blog pour manger à l'oeil dans de grands restaurants, à charge pour lui de diffuser sur son blog photos du repas et commentaires.
- tel autre blogueur (euse) se fait offrir de la vaisselle, une revue, un produit, et loin de rendre la marchandise, en parle sur son blog.
Pour les marques, c'est bien connu, toute publicité, bonne ou mauvaise, est bonne à prendre !
Tout à fait passionnant !
Il est en effet temps que les critiques se remettent en question!
Il y a une véritable dictature de quelques critiques qui souhaitent faire la pluie et le beau temps mais c'est bien le client qui détient le pouvoir, il ne faut pas l'oublier. Et puis quand on sait que la plupart des critiques sont incapables de cuisiner ou de distinguer un produit d'un autre!Pour ma part je développe un blog de critique culinaire, et TOUS les établissements auxquels je fais références ont été testés par moi en personne et quand j'ai un avis mitigé qui nécessite une visite supplémentaire, je le dis franchement. Chacun a son mot à dire. La critique doit servir de point de repère et ne doit pas être toute puissante.
Prise de contact
Bonjour, je poste ce commentaire car je souhaite prendre contact avec vous.
Pouvez-vous me recontacter par mail ?
critique et net
Ancien critique pour le média le plus prestigieux du genre (je vous laisse deviner lequel), je me suis rendu compte que les relations entre critiques et restaurateurs étaient toujours à double tranchant, les seconds ayant besoin des premiers tout en ayant conscience de l'emprise désagréable qu'ils maintenaient sur la profession et ses notoriétés.
En tous cas, une chose est sûre : la réputation d'un restaurant se fera désormais plus difficilement sans le net. Un de mes amis ne va plus au restaurant sans avoir préalablement consulté son site ; signe des temps.
Quant'au fait que les critiques ne savent pas cuisiner, je confirmerai ou infirmerai bientôt cette affirmation, car j'ouvre bientôt mon restaurant sur Lyon.
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